Autobiographie de Nathalie Sarraute : " Enfance "

[Chronique #7] – ENFANCE – Nathalie Sarraute

Auteure : Nathalie SARRAUTE

Genre : Autobiographie

Editions : Folio

Année De Parution : 1983

Nombre De Pages : 277

Prix : 22,50 €

C’est un livre que j’ai eu le plaisir de découvrir au collège. Cela fait donc de nombreuses années qu’il traine dans ma bibliothèque et que j’adore relire à l’occasion. Vous pouvez vous le procurer sur Amazon. Ce bouquin de type autobiographique demeure intéressant à étudier dans le style d’écriture particulière de Nathalie Sarraute, ainsi que la caractéristique qu’elle a choisi. En effet, elle raconte ses souvenirs sous forme de dialogue avec elle-même.

QU’EST-CE QUE ÇA DIT ?

DESCRIPTION DU MATOS

Pour un objet vieux de plus de dix ans, il est bien conservé. Je vous prie de me croire quand je vous dis que rien qu’avec les déménagements, il aurait pu être pire que cela.

Première chronique d’un livre en format poche, il est comme les précédents brochés entre deux couvertures souples et brillantes. Les couleurs restent sobres, tout à fait dans l’esprit de l’époque.

Sur la première de couverture, au milieu du titre, du nom de l’auteure et celui de l’édition se positionne une fillette. L’on peut supposer qu’il s’agit de Nathalie Sarraute, puisqu’il est question d’une autobiographie de son enfance. Sa tenue d’avant-guerre aux nuances marrons et rouges se valorise avec le fond gris de l’arrière-plan. C’est une photographie de circonstance pour le sujet du bouquin. La fillette avec l’air malicieux sur son joli minois décroche un léger sourire derrière des traits russes et une posture déjà adulte, sans pour autant dénaturer sa joie de vivre malgré une jeune vie tumultueuse.

La quatrième de couverture ne possède ni plus ni moins que le résumé de l’œuvre et d’autres informations utiles que l’on retrouve sur tous les livres. Vous remarquerez qu’il existe un recueil de commentaires et de documents relatifs à  » Enfance « , écrits par Monique Gosselin.

À la quatrième page, vous pourrez lire une petite biographie qui relate l’essentiel de sa vie littéraire. Je vous la recopierai dans la section  » Informations Sur L’Auteure « .

À la fin, vous retrouverez une liste des livres que Nathalie a publiés, puis la collection du moment de l’édition Gallimard, collection Folio.

PASSAGE INSPIRANT

Autobiographie de Nathalie Sarraute : " Enfance ' (extrait)

Pour remettre les choses dans leur contexte, Nathalie et sa mère passent devant une vitrine et la jeune fille découvre une jolie poupée.

Avec toute l’innocence que peut avoir un enfant, Sarraute l’a trouve particulièrement attrayante. Mais soudain, elle ne peut s’empêcher de comparer la beauté de l’objet avec celle de sa propre mère aux traits fins, à la peau douce et aux yeux absents… Elle lui a appris ce que l’élégance veut dire à travers les compliments qu’elle peut effectuer d’une personne ou d’une autre, en particulier de la tante Aniouta. Mais Nathalie ne connait pas toute la subtilité qui se cache derrière cette expression. Elle assume pleinement de constater que oui, la tête de coiffeur se trouve être plus belle que la femme de chair et d’os qui l’a mise au monde. Cependant, éprouver cela pour elle, alors même que jamais elle s’est demandé si elle avait un physique plaisant à ses yeux n’en est que plus triste. Un profond malaise habite mon être. Peut-être est-ce à cause de mon empathie exacerbé (sans fausse modestie).

Imaginez-vous ressentir cela, étant encore enfant ! Je me mets également à la place de la maman : si elle se doutait que sa fille l’a trouvait quelconque alors que subjectivement, tous les gamins imaginent leurs parents comme les plus beaux du monde, qu’en aurait-elle pensé ? Elle l’a décrite auparavant dans les plus purs adjectifs. Nathalie savait-elle réellement ce qu’était le charme physique ?

Cela m’amène à penser qu’il faut apprendre très tôt aux bambins les subtilités des choses abstraites telles que cela.

Diriez-vous maintenant qu’elle avait déjà un cœur de pierre, enfant ? Après tout, pour elle c’est un constat indéniable que la tête soit plus belle que maman.

MON AVIS

Alors qu’elle arrive à un stade où elle a besoin de restructurer ses souvenirs, Natacha Tcherniak — de son vrai patronyme — décide de prendre du recul sur son enfance. Elle nous partage alors quelques anecdotes parfois insignifiantes et désuètes sous la forme d’un dialogue avec sa conscience. Elle se parle à elle-même de façon naturelle, comme d’aucuns le feraient chaque jour. Elle assume sa part d’excentricité à travers ce moment intime. J’utilise ce terme, parce que oui, qui parmi vous n’a pas eu peur de se faire surprendre à se parler soi-même ? Cela reste déstabilisant.

Alors, crescendo, elle remonte son enfance jusqu’à un instant précis…, sûrement choisi au hasard, au détour de son état émotionnel ce jour-là, en nous racontant ses voyages entre la Russie, la Suisse, Pétersbourg, Ivanovo et Paris, sa scolarité, sa vie familiale. Mais elle s’attarde également sur ses ressentis, ses réflexions, ses appréhensions de son quotidien qui s’écoule sous ses yeux autour de différents personnages qui l’entourent plus ou moins importants pour elle, comme ses parents ou ses amis d’enfance.

C’est une joie pour moi que de relire un livre sur lequel j’ai travaillé à l’école. C’est l’un de mes préférés où l’auteure nous narre ses quelques souvenirs d’enfance les plus marquants encore intacts pouvant se dégager un instant  » de dessous cette couche protectrice qui les conserve… « 

  • Mise en page aérée séparant les dialogues de ce qui en devient aussi des récits
  • Je dénote parfois des fautes d’orthographe, sûrement fait exprès puisque récurant sur des mots semblables
  • Une plume experte
  • Néanmoins, une lecture fluide, facile à déchiffrer
  • Une ponctuation mal utilisée qui rend difficile la compréhension des choses
  • Un vocabulaire riche exprimé par une large verve et des métaphores particulièrement appréciées
  • Un début, dans le vif du sujet
  • Une fin brutale, mais peut-être obligatoire, compte du format utilisé
  • Une conscience qui ne prend que peu de place pour laisser l’auteure s’exprimer pleinement

=> Le premier dépôt d’ » Enfance  » a été édité en 1985. Cela explique peut-être le style grammatical ou graphique en perpétuelle évolution dans ce qui reste convenable ou pas de nos jours. Mais cela ne m’a pas trop dérangé, tant les sentiments qui s’y dégagent me happaient comme un vortex émotionnel. La mémoire nous joue des tours et retient que ce que l’esprit croit être important ou pourrait nous servir plus tard. On se demande bien pourquoi, parfois ! Ce que l’on sait ici, c’est que Nathalie Sarraute a vécu une vie moins simple entre toutes ses villes, au milieu de deux parents séparés. Au fond, ce n’était qu’une enfant ordinaire qui possédait des souvenirs très divers où l’essentiel demeure la tristesse de la désunion, du changement et de sa propre évolution qu’elle ne comprend pas toujours. À travers son esprit, entre sa vie en dehors et au dedans, comme elle dit, elle grandit sous nos yeux, puis progresse jusqu’au plein murissement afin de commencer l’adolescence. Il aurait été intéressant qu’elle écrive une autre autobiographie sur ce stade de son développement. Tantôt curieuse, un tantinet jalouse et parfois blessante, sans plonger dans l’ultime méchanceté profonde, ou encore taquine, mais surtout triste derrière un optimiste sans borne, contrairement à sa mémoire, elle nous révèle ce qu’elle était enfant, sans détour et sans mâcher ses mots. Ses paroles aux diverses nuances, ses sentiments plus ou moins durs, les gestes amples et les visages expressifs s’envolent, reviennent, se déchirent ou se ressemblent, s’évaporent ou réapparaissent subitement au fil de sa conversation avec elle-même. Après tout, qui se souvient avec précision à l’âge adulte de ce que nous avions dit ou fait dans un passé finalement très lointain ? Puis brusquement, elle s’arrete et elle bloque la machine à mémoire, tout comme elle l’avait commencé, quand l’adolescence pointe le bout de son nez, se déploie, à la rentré du lycée. Pour Nathalie, c’est là que s’achève l’enfance. Ce que j’aime particulièrement dans son style d’écriture, c’est la profonde émotion qu’elle nous fait ressentir à travers ses descriptions. Je trouve même que le livre est une ode à la poésie dédiée à la jeunesse dans le langage qu’elle exploite et emprunte à elle-même. Son double et elle ont rouvert le passé, l’ont décortiqué pour mieux le comprendre et aller de l’avant. C’est selon moi ce que nous devrions tous réaliser à un moment donné de notre existence, quand on se perd.

POUR CONCLURE

  • Les +
    • Tout un panel de sentiments étalé au grand jour
    • Des faits réels riches en rebondissements
    • Pas un seul moment d’ennuis
    • Une lecture fluide avec un vocabulaire large, surtout dans les métaphores
    • Des descriptions poétiques
    • Une remise en question assez réussie
    • Une mise en page aérée, comme je les aime
    • Des souvenirs assez intéressants
    • La conscience présente à juste dose
  • Les
    • Quelques fautes d’orthographe
    • La ponctuation assez mal utilisée
  • Les =
    • Un début dans le vif du sujet
    • Une fin brutale qui fait paraître l’auteure comme maussade face à ses souvenirs

Note sur 6 :

INFORMATION SUR L’AUTEURE

Nathalie Sarraute, née à Ivanovo près de Moscou en juillet 1900, a obtenu le Prix international de littérature pour «  Les Fruits D’Or  » (1963). Dès son premier livre,  » Tropismes  » (1939), elle était saluée par Sartre et Max Jacob. Elle est aujourd’hui connue dans le monde entier comme l’un des écrivains français les plus importants, décédée en octobre 1999 à Paris. Elle est l’une des figures du Nouveau Roman depuis la publication de  » L’Ere Du Soupçon  » (1956), alors qu’elle était aussi dramaturge et avocate.

Ses Autres Romans :

Autobiographie de Nathalie Sarraute : " Enfance "

Tropismes : Première édition chez Denoël en 1939, puis chez Les Editions De Minuit en 1957. L’auteure a supprimé un texte dans la version originale et en a rajouté six autres = Achat

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Portrait D’Un Inconnu : Achat

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Les Fruits D’Or : Prix international de littérature = Achat

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Entre La Vie Et La Mort = Achat

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 » Disent Les Imbéciles «  = Achat

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Alors, prêts à découvrir cette écrivaine atypique dans son style ? Avez-vous déjà lu un de ses livres ? Dites-moi tout !

À bientôt pour une nouvelle chronique poétique.


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